LE BLOC DE CHANVRE A L'EPREUVE DU CHANTIER !

Le bloc de Chanvre au coeur de l'expérimentation

Autre matériau biosourcé peu connu du grand public : le chanvre. Il commence pourtant à s’imposer comme une alternative crédible en matière de matériau biosourcé, alliant performance thermique et faible impact carbone. Mais qu’en est-il concrètement de sa mise en œuvre sur le chantier ?

C’est dans le cadre d’une opération de 30 logements collectifs sociaux, à l’initiative du bailleur Flandres Opale Habitat (FOH), que le choix du bloc de chanvre, via la marque ISOHEMP s’est fait

Une première, à la fois pour l’architecte comme pour les entreprises, qui ont dû s’approprier un matériau et des modes de mise en œuvre sortant des habitudes. Une démarche engagée, qui permet aujourd’hui de tirer des premiers enseignements concrets.

Cette visite a, une nouvelle fois été organisée à l’initiative du CD2E du Pas-de-Calais.

Un matériau biosourcé aux origines agricoles

Le bloc de chanvre est issu de la chènevotte, la partie ligneuse de la tige du chanvre, une ressource renouvelable et abondante. Transformée et agglomérée avec un liant, elle permet d’obtenir un bloc isolant, léger et perspirant.

Ce matériau s’inscrit pleinement dans une logique de construction bas carbone : il stocke du CO₂ durant sa croissance, mobilise une ressource végétale locale, et offre des performances intéressantes en termes de confort thermique et hygrométrique.

Il existe plusieurs fabricants, ici les blocs de chanvre sont issus de la marque ISOHEMP que nous avions également rencontré à NordBat et qui nous a donné envie d’en savoir un peu plus… 

 

bloc de chanvre chantier logements collectifs

5 Bonnes raisons d'utiliser le bloc de chanvre :

  • Isolation &Régulation de thermique
  • Régulation de l’humidité
  • Isolation acoustique
  • Résistance au feu 
  • Matériaux biosourcé 100% naturel

Caractéristiques et mise en oeuvre :

Nous vous avions parlé du Miscanthus dans un précédent post. La typologie est globalement la même, à la différence qu’ici le liant est la chaux (et la fibre a base de chanvre bien sur !). 

ISOHEMP propose les blocs  de 7,5, 9, 12, 15 , 20, 25, 30 et 36cm d’épaisseur pour Rmax de 5,37m2.K/W. (bloc de 36cm). Il a donc λ ≈ 0,071 W/(m·K). Des éléments spécifiques (blocs en U ou en P) existent également pour le traitement des linteaux et des chainages.

A noté que le bloc de chanvre est un matériau non porteur, utilisé en remplissage. Il nécessite donc un système structurel complémentaire.

Concernant le finition, celles-ci doivent respecter la perspirance du matériau. Les enduits à base de chaux sont privilégiés en extérieur, et les enduits terre en intérieur. Sur l’opération visitée, un doublage intérieur en plaque de plâtre a été retenu, notamment pour des raisons de durabilité et de protection.

Côté entreprises : une prise en main rapide et appréciée

Les retours des entreprises sont globalement très positifs. Le bloc de chanvre se distingue par son confort de mise en œuvre :

  • il est léger et facilement manutentionnable
  • il se découpe aisement à la scie manuelle, sans poussière ni nuisances sonores importantes. 

Quelques précautions sont nécessaires, comme la protection des parties horizontales face aux intempéries, mais cela reste comparable à d’autres matériaux maçonnés.

Un point notable : le confort de travail sur chantier, souvent négligé, est ici largement amélioré.

Avis d’architecte 

Pour l’architecte, l’utilisation du bloc de chanvre ne peut pas être un substitut de dernière minute au parpaing ou au porotherm. Il implique une réflexion différente lors de la conception : système structurel (le bloc de chanvre n’étant pas porteur), typologie des planchers, finitions intérieures, extérieures, etc…

Ce matériau étant jeune et son utilisation encore expérimentale, l’adaptation est le maître mot pour assurer la résolution l’ensemble des problématiques inhérentes à tout chantier :

  • compatibilité des enduits et respect de la perspirance du matériau,
  • découpe du matériau (l’intérieur n’étant pas encore parfaitement sec et dur),
  • gestion de l’étanchéité à l’air,
  • mise en œuvre des menuiseries,
  • traitement des têtes de cloisons,
  • conditions d’exposition aux intempéries,
  • sécurité par la fixation des échafaudages, le matériau n’offrant pas la résistance mécanique suffisante en phase chantier.

Autant de sujets qui demandent une coordination étroite entre les acteurs du projet. 

Au-delà des aspects techniques, le bloc de chanvre s’inscrit dans une démarche expérimentale. Il suppose que l’ensemble des intervenants accepte une part d’adaptation, y compris sur le planning, parfois mis à l’épreuve.

Aujourd’hui, les retours concernent principalement le gros-oeuvre. D’autres enseignements émergeront avec l’intervention des corps d’état secondaires.

Et demain ?

Chez YZAA, notre parcours nous a permis d’appréhender de nombreux systèmes constructifs : maçonneries diverses, béton, acier, bois. Le chanvre lui nous est déjà familier puisque traité en conception.

Cette visite a renforcé à la fois notre compréhension de ce matériau et notre conviction quant à son potentiel. Elle nourrit surtout notre envie de le voir s’incarner dans de nouveaux projets… et, pourquoi pas, de susciter chez vous l’envie de tenter l’expérience à votre tour.