ET SI VOS MURS POUSSAIENT DANS LES CHAMPS !
Visite d’une production locale de bloc de miscanthus
Et si nos murs poussaient dans les champs ? Le miscanthus s’impose aujourd’hui comme un matériau de construction biosourcé prometteur. Il y a quinze jours, nous avons eu l’occasion de visiter la ferme DELASSUS à Merville (59), où une filière locale est en train d’émerger. Le pari : produire et d’exploiter le miscanthus pour en faire un bloc de construction.
Cette visite a été organisée à l’initiative du CD2E du Pas-de-Calais, afin de promouvoir des matériaux écologiques et innovants. Elle fait également suite à notre visite au stand « MISCANBLOC » de NordBat quelques jours auparavant.
Le miscanthus, c’est quoi ?
Le miscanthus c’est çà ! Une plante graminée cultivée pour ses fibres. Elle est également appelée « Herbe à Elephant » ou « Roseau de chine ». Elle est surtout utilisée pour la production de paillage.
Une production écolo :
Les avantages du miscanthus commence dès sa culture. Il n’émet pas de graine, il ne consomme que très peu d’eau, n’a pas d’ennemi parasite et ne nécessite donc pas de traitement phitosanitaire. Lorsque les feuilles tombent, elles forment un paillis qui assurera l’humidité du sol et qui deviendra nourricié pour les prochaines récoltes. Comme toute plante, sa photosynthèse permet de produire de l’O2 et d’emagaziner du CO2. Son bilan carbone est donc positif à la production.
La récolte s’effectue avec un ensileuse à maïs, qui va broyer la plante pour en faire un amas de fibres végétales.

Son exploitation
Après récolte, le stockage in situ se fait a l’air libre, sans besoin de ventilation ou de contrôle de l’hygrométrie.
Pour quoi faire ?
Le Miscanthus est le composant principale nécessaire à la fabrication des blocs de construction. Leur fabrication s’effectue ensuite via un process industriel intégrant le mélange, le façonnage, le séchage et le conditionnement des blocs. Globalement, un bloc, c’est donc des fibres, un liant et de l’eau. Le principe est le même que pour les autres blocs de liant en fibres végétales comme la chenevotte (chanvre) ou le lin. Le liant peut également varié, on parle ici de ciment prompt, alors que d’autres utilisent la chaux.
MISCANBLOC propose les blocs de 10, 15 , 20 et 30cm d’épaisseur pour un R allant de 1,3 à 4,0m2.K/W. Il a donc un λ ≈ 0,075 W/(m·K). A titre de comparaison un bloc de chanvre possède un λ ≈ 0,071 W/(m·K).







Avis d’architecte
À l’heure du changement climatique, transformer notre manière de construire n’est plus une option, mais une nécessité. Il ne s’agit plus seulement de raisonner en termes d’isolation, mais bien d’intégrer pleinement la notion de bilan carbone dans nos choix constructifs.
Dans cette perspective, le bloc de miscanthus apparaît comme une solution particulièrement prometteuse. Local, biosourcé, renouvelable, capable de stocker du carbone, durable et simple à mettre en œuvre. Il réunit des qualités rarement combinées dans un même matériau. Autant d’atouts qui en font une piste de travail sérieuse pour une construction plus vertueuse.
La visite a suscité un réel intérêt de la part des bailleurs sociaux et des collectivités, signe que les lignes commencent à bouger. Le développement du miscanthus pourrait trouver un terrain particulièrement favorable auprès des particuliers sensibles à leur impact environnemental, et prêts à assumer un surcoût en cohérence avec leurs engagements.
Sur le plan technique, des points restent encore à approfondir, notamment la fixation des menuiseries ou encore la gestion de l’étanchéité à l’air. Des sujets qui accompagneront naturellement la montée en maturité de la filière.
Choisir le miscanthus, c’est avant tout un acte engagé, pour le maître d’ouvrage, comme pour l’architecte :
- engagement dans la promotion d’un matériau et d’une entreprise local.
- engagement envers un matériau biosourcé performant aux nombreuses propriétés.
